• Géraldine Rué

L'Australie à bord du Ghan

Ses 3000 km de rails traversent le cœur de l’Australie du Nord au Sud, reliant Darwin à Adélaïde. Mais bien plus qu’un simple moyen de locomotion, le Ghan est un voyage à l’intérieur d’un voyage :  il y a les paysages qui défilent, la vie à bord, des rencontres nouvelles, mais aussi la découverte de lieux exceptionnels.


A 9 heures précises, le personnel de bord s’agite sur le quai de la gare de Darwin pour conduire les passagers dans le wagon qui leurs est destiné. Les 43 compartiments sont tous décorés d‘un immense chameau et chose étrange, cet animal à bosse n’est autre que l’ancêtre du Ghan. Pour comprendre cette curieuse évolution, il faut remonter en 1839, année où des chameaux sont transportés d’Afghanistan jusqu’à Adelaïde dans le sud de l’Australie. Un long voyage pour ces camélidés ! Habitués au climat du désert, ils s’adaptent sans peine au climat aride du cœur du pays et accompagnent les expéditions des premiers explorateurs. Quelques décennies plus tard, les chameaux sont abandonnés dans la nature et remplacés par les locomotives (la construction du premier chemin de fer dans le centre de l’Australie débute en 1877). En hommage à leurs loyaux services, leur silhouette orne chaque wagon et leurs origines afghanes ont donné leur nom à cette ligne de chemin de fer.


Depuis ma cabine, des étendues immenses défilent, avec pour seuls reliefs des termitières géantes et des carcasses de voiture. Mon périple parcourra 1420 km à travers le désert et demain matin je serai à Alice Springs, capitale de l’Outback. Mais avant même d’être arrivée à destination, je me sens déjà ailleurs. Si les habitants du Top End ne parlaient que d’attaques de crocodiles, je découvre à bord le sujet de conversation favori de tous les Australiens : les mélanomes. Tout le monde en a eu au moins une fois et n’hésite pas à montrer la cicatrice laissée par la maladie.


Je suis en classe ‘’Gold’’ et son service luxueux n’est pas sans rappeler quelques ambiances à la Agatha Christie. Au déjeuner, je fais la connaissance d’une certaine Maguy, divorcée après 35 ans de dévotion conjugale et maternelle, et bien décidée à enfin profiter de la vie. Elle ne cachera pas sa déception de partager ce moment avec moi plutôt qu’avec un riche veuf ou un divorcé ruiné. Maguy a mille expériences à rattraper. Notre repas terminé, elle me lance un ‘’au revoir’’ qui sonne comme un ‘’à jamais’’ !

A 14h, le train marque un arrêt à Katherine le temps de l’après-midi. Le Ghan propose des tours organisés et des bus attendent déjà les passagers pour les mener en excursion. Dans mon véhicule, il ne reste plus qu’une place, celle à côté de Maguy. ‘’Il n’y avait aucune autre place de libre’’ lance-t-elle dépitée.

Dans la brochure qui m’a été remise, Katherine est considérée comme le ‘’hub’’ de la région quand je ne vois qu’un bled au milieu de nulle part. Ce titre de ‘’hub’’ n’est pourtant pas usurpé : le Territoire du Nord est si désertique que 10 000 habitants suffisent à en faire la troisième plus grande ville de la zone. Dans les branches des arbres bordant les rues, je pense voir un nombre incalculable de sacs en plastique noir quand ma chère Maguy me corrige : ‘’Ce sont des chauves-souris.Des chauves-souris de cette taille-là ! — Oui ! Et les aborigènes les chassent ! —Parce qu’elles sont dangereuses ? —Mais non, pour les manger !’’ L’Australie a un sens très particulier de l’hospitalité et réserve une foule de surprises aux nouveaux arrivants.


Développer le tourisme à Katherine était donc un pari osé, voire perdu d’avance. Pourtant, un nombre surprenant d’activités est ici possible comme la randonnée, la pêche, le kayak ou encore la baignade en eaux thermales. La région alentour est splendide ! Les gorges de Nitmiluk se découvrent par la mer depuis le pont ombragé d’un bateau de croisière, ou à la rame sous un soleil de plomb. Vous devinerez sans peine mon choix, d’autant plus qu’il y a des crocodiles ! Je précise cependant que ces derniers ne sont que de pauvres marins d’eau douce et que seuls les crocodiles d’eau salée représentent un danger.

Des peintures pariétales vieilles de plus de 40 000 ans ont été dessinées sur la roche par les premiers aborigènes ayant vécu ici, une manière de se transmettre leurs croyances et légendes de générations en générations. ‘’Aujourd’hui encore, le parc Nitmiluk est le territoire des Jawoyn et rien ne peut être décidé sans leur permission’’ dit Maguy qui m’adresse de nouveau la parole. Ma compagnie n’est finalement pas si désagréable que ça ? Bon en fait, elle répète ce qu’elle vient de lire dans un guide et aussi, elle a fini son repérage à bord et sait qu’aucun homme ne l’intéresse…


De retour à bord du Ghan, j’abandonne très vite ma cabine pour le wagon bar où je réalise que voyager en ‘’gold’’ est un luxe que l’on ne peut se permettre qu’en ayant une bonne situation, ou en étant à la retraite. Mes titres de ‘’touriste professionnelle’’ et ‘’benjamine du service gold’’ me valent les soins attentionnés d’Adam et Kurtys jusqu’à la fin de mon voyage. Ce que bien sûr, Maguy remarque tout de suite…

Le lendemain matin, ces faveurs tournent à mon désavantage quand j’ai droit à une double ration de vegemite, une pate immonde dont raffolent les Australiens. Le Ghan entre bientôt en gare d’Alice Springs, mon terminus. Des passagers se préparent pour l’excursion prévue aujourd’hui, leur voyage jusqu’à Adelaïde durera en tout deux jours et trois nuits. Pour ma part, bye-bye Maguy et à moi le Centre rouge !


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© 2019 Géraldine Rué. Tous droits réservés.

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